Des remèdes traditionnels préparés à partir de produits minéraux, végétaux et animaux ont longtemps eu cours en Acadie. Surtout transmis au sein des familles, ils devaient venir à bout de différents maux, comme la grippe, les irritations, les échardes, etc.
Marielle Cormier-Boudreau, Shippagan
On utilisait pas mal de chose du règne animal. On utilisait des animaux aussi, carrément. On pouvait par exemple utiliser des poux, on mettait des poux dans du lait et on les, on faisait boire le lait aux enfants qui avaient la jaunisse. Alors les enfants se rendaient pas compte qu’ils buvaient des poux, mais en fait, ils buvaient le lait dans lequel on mettait des poux. Mais il fallait qu’on mette un nombre impair de poux, ça c’était une croyance là entrait la superstition et également pour les poux. Parce que la croyance était que les poux, une fois qu’on les avait à l’intérieur de son corps allaient manger la jaunisse, parce que la maladie était considérée comme un être en soi, une entité qu’on pouvait faire sortir du corps. Alors, d’où la croyance que, de manger les poux puisse guérir. Alors dans la, dans leur croyance à eux, c’était logique, parce que l’animal à l’intérieur du corps allait manger la maladie. Parce que la maladie était comme une entité, une personne qui entrait à l’intérieur de soi et il fallait s’en débarrasser de quelques façons.
Y’avait aussi les poissons. Donc le poisson, qu’on connaissait le plus, le hareng, le hareng salé, était utilisé comme un remède assez important ici dans la région. Et là encore, on s’est dit, c’est un support de sel comme la couenne de lard pouvait être appliquée sur la peau, le hareng salé, lui c’était plus spécifique. On l’utilisait pour la fièvre, alors si on avait une grosse fièvre, pis ça c’est assez récent, moi je donnais des cours à mes étudiants à l’université, il y a à peu près 4 ans. Et dans ma classe, il y avait des étudiants de 20 ans qui avaient été soignés avec des harengs salés. Alors ça consistait à prendre un hareng salé, de faire deux beaux filets avec. Vous les mettiez sous les pieds de la personne qui avait la fièvre et on mettait des gros chaussons de laine ok. Et tous les gens âgés que j’ai interrogé pour la médecine traditionnelle disait ben c’est simple, c’est que durant la nuit, la fièvre est tirée dans les pieds, encore une fois, la fièvre c’était comme un gros bobo qui entre dans le corps, on dit une entité hein. Donc la maladie, on savait pas comment ça se faisait, on connaissait pas la biologie, on connaissait pas la physiologie, donc on se faisait une idée de ce qu’était une maladie. Une maladie c’est quelque chose qui vous habitait, alors la fièvre c’était aussi une entité. Bon alors pour la faire sortir, on la fait sortir par les pieds. Le hareng salé tirait donc, c’est le terme que les gens employaient, tirait la fièvre dans les pieds. Comment on savait que le hareng avait tiré la fièvre dans les pieds? Le lendemain matin, quand vous alliez vérifier les pieds de votre malade. Le hareng salé était cuit par la chaleur de la fièvre hein! Alors comme le hareng est cuit, c’est lui qui a eu la fièvre et vous êtes guéri.
Parce que le crapaud, on l’enroulait avec un, une bandelette autour du bras vivant hein! Un crapaud, ben oui un petit crapaud vivant, on le laissait là plusieurs heures, pis après on le laissait aller, on le libérait. Mais moi j’ai, je demandais au gens : oui mais comment est ce que, comment est ce que ça pouvait guérir les rhumatismes? Mais oui ça guérissait les rhumatismes, qu’on me disait parce que le crapaud, c’est lui qui, qui attrape les rhumatismes. C’est encore une fois l’animal de transfert, y a beaucoup, beaucoup de transfert dans la médecine traditionnelle. C’est, c’est que si vous aviez par exemple la jaunisse, l’enfant qui avait la jaunisse, on couchait dans le lit de l’enfant, un p’tit agneau. On allait à la grange, on rapportait l’agneau, on le couchait toute la nuit dans le lit avec l’enfant, bon bien emmailloté bien sûr. Pis le lendemain matin, on vous dit ben, le p’tit agneau, il était ben jaune pis l’enfant était guéri. Alors la jaunisse, l’enfant y couchait à côté de l’agneau pour lui transmettre sa jaunisse. Et pis y vous disait ça les gens de façon tout à fait normal, y disaient ben c’est ça, le lendemain matin le p’tit agneau était jaune. Imaginez un p’tit agneau jaune, on essaie de voir comment, mais la laine d’agneau c’est toujours un p’tit peu peut-être jaunâtre. Ben les gens, comme l’enfant était guéri, ils disaient ben c’est ça, l’agneau a attrapé sa jaunisse pis on le renvoie à la grange maintenant, l’enfant est guéri.
Lorsqu’on faisait de l’onguent avec de la crotte de poule, on s’dit aujourd’hui : oh mon dieu, ben c’était justement ce qu’il fallait pour que ça guérisse pas, parce que la crotte de poule, c’est pas aseptique pis tout ça. Mais le blanc de la crotte de poule c’est essentiellement du souffre, parce que le, la fiente de poule est souvent blanche. Alors comme c’est du souffre, le souffre guérit facilement les, et dans l’onguent qu’on achète, y’a peut-être parfois du soufre. Alors les gens s’étaient aperçu que ça marchait, mais y prenaient uniquement la partie blanche de la fiente de poule, de sorte que ça marchait, mais le médecin à qui vous dites, vous faites de l’onguent avec de la crotte de poule, y dirait : mais vous êtes fou, absolument fou. Mais nos ancêtres eux l’utilisaient, nos grands-parents même, on n’a pas besoin d’aller si loin, mais la crotte de poule était bouillie pendant peut-être une heure dans le saindoux, j’imagine que si y avait des, y’avait des bactéries pis tout ça hein, après bon alors le souffre c’était dans le saindoux ça devenait de l’onguent efficace.
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