Les guérisseurs

Longtemps isolées, les communautés acadiennes ont souvent été privées des services d’un médecin. Pour guérir leurs maux, les Acadiennes et Acadiens avaient donc recours à ceux d’arrêteurs de sang, de ramancheux, de sages-femmes et autres guérisseurs. Encore aujourd’hui, ces dons particuliers semblent se transmettre de génération en génération.

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Marielle Cormier-Boudreau, Shippagan.

Y’ avait les arracheurs de dents, c’était un métier, alors là souvent c’était le forgeron qui était l’arracheur de dent de la paroisse, parce qu’il avait un davier. Mon père était forgeron, donc il arrachait les dents lui des moutons, des animaux, mais avant lui, on arrachait les dents des humains. Alors quand la dent était suffisamment gâtée, que ça faisait tellement mal que les gens devaient faire quelque chose, on allait chez le forgeron ou l’arracheur de dent qui aurait pu ne pas être un forgeron, mais c’était souvent le forgeron. Pis, il arrachait la dent. C’était aussi simple que ça. Mais c’était un métier en soi, on disait un arracheur de dent, y’avait l’arrêteur de sang, ça c’était, l’arrêteur de sang comme pas mal de guérisseurs d’autrefois, c’était un don que quelqu’un recevait souvent le 7ème enfant du même sexe né dans une famille, 7ème garçon, 7ème fille, ou encore ça pouvait être un don que le guérisseur transmettait à quelqu’un de son choix, mais habituellement du sexe opposé.

Y’avait aussi les ramencheux, rabouteurs, ceux-là ils guérissaient les membres cassés, donc, pas cassés mais disloqués, hein, donc y vous remettaient les membres en place, c’était leur spécialité. Aucun de ses guérisseurs là n’avaient étudié, c’était vraiment transmis de génération en génération, de personne à personne, et on pouvait guérir les verrues, donc y’avait toujours quelques guérisseurs de verrues dans la communauté. Et vous alliez voir le guérisseur ou la guérisseuse de verrues, pis tout ce que la personne faisait, c’est qu’elle faisait une petite prière ou incantation sur la verrue ou encore elle mettait un fil, elle faisait un petit nœud dans un fil elle le mettait autour de la verrue, pis là, vous vous en allez chez vous, pis quelques jours après, vous n’aviez plus de verrues.

Y’avait aussi les, les sages-femmes, donc celles qui mettaient les enfants au monde, y’en avait plusieurs dans chaque paroisse, on avait tellement d’enfants, qui fallait pas mal de sages femmes, donc elles allaient aux maisons accoucher les femmes. Et les sages-femmes étaient considérées comme des spécialistes, c’est entendu, mais la femme qui accouchait, elle était aussi considérée comme malade, donc ça fait partie des maladies d’être, d’accoucher à l’époque. On disait même, telle femme avait été malade, donc elle avait donné naissance à un enfant.

Mon arrière grand-mère était une guérisseuse, donc ces gens là, y’en avait habituellement un ou par paroisse, ou par région. C’était des personnes qu’on appelait des chirurgiens, ma grand-mère, moi, quand j’étais petite, maman me disait que sa grand-mère à elle, qui est mon arrière grand-mère, était une chirurgienne, alors moi, ma grand-mère était chirurgienne, mais j’avais jamais su qu’y avait des chirurgiens qui existaient. Mais oui, elle a sauvée bien des vies ma grand-mère, entre autre, maman me disait, très, très souvent, les gens venaient la chercher en catastrophe, parce que à l’époque, on n’avait pas de vaccins, on n’avait pas d’antibiotiques, alors ma mère me racontait entre autre que cette grand-mère chirurgienne ou guérisseuse était souvent appelée pour guérir les personnes qui avaient des pneumonies. Si vous aviez une pneumonie, vous pouviez en mourir et très souvent, on en mourrait, parce que ça prend des antibiotiques, alors ma grand-mère, elle allait chez les gens, là où y avait le malade, elle faisait tout de suite chauffer des gros sacs d’avoine, de l’avoine en grains, alors là on s’activait, on allait à la grange, on apportait des gros, des gros sacs d’avoine, on faisait chauffer ça dans le fourneau, pis elle, elle ensevelissait littéralement la personne dans les sacs d’avoine chauffés. Et la personne qui a une pneumonie, doit rejeter l’eau qui est sur les poumons, l’excès d’eau c’est ça la pneumonie, alors la personne suait tellement dans cette chaleur là, qu’elle rejetait le surplus d’eau qui avait dans les poumons et ma mère disait, il fallait trois jours. Si dans trois jours, ça marche pas, la personne s’en sort pas, mais généralement ma grand-mère réussissait à les sortir de cette pneumonie, si leur santé était quand même relativement bonne. Alors, c’était elle une guérisseuse comme ça qu’on allait chercher pour pas mal toute sorte de choses, mais les choses sérieuses quoi.
 

 

Ressources additionnelles:

Medicine man, Bathurst, N.B.
Les guérisseuses
Sages-femmes et guérisseuses
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