L’industrie forestière est présente dans différentes régions acadiennes des Maritimes, comme dans celles du Madawaska et du Restigouche, dans le nord-ouest et le nord du Nouveau-Brunswick, ou dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Elle a contribué au développement socioéconomique de ces régions.
Mon nom c’est Réjean Bergeron, je suis originaire de Kedgwick icitte. Mais je suis parti en 68 j’suis revenu en 80 en 94. On appelle ça le bon vieux temps, mais je peux vous dire que qu’on avait de la misère dans le bon vieux temps monsieur. Les gars travaillaient fort, ça travaillait d’un étoile à l’autre on va dire, ils partaient le matin c’était de bonne heure, pis ils revenaient le soir à la noirceur. C’est de même que ça marchait
Lorsqu’on buchait des billots à l’époque, y’avait du bois là, on parle de bois là, du vrai bois là, on parle pas de d’aujourd’hui là, la nuit qui m’a dit qui lui demandaient de bucher jusqu'à 100 billots par jour à deux hommes, des billots de 12-16 pieds, mais faut dire qu’y avait du bois là. Mais j’me souviens pas de l’époque des billots, mais j’me souviens de la pitoune, pis quand j’ai commencé à le bucher chez nous. J’avais 12 ans on va dire, j’étais pas assez vieux pour bucher, mais c’est moi qui tenait le cheval. Mais nous autre on était payé pour prendre le bois, toute le bois et le rendre à la rivière, tu sais c’tait l’époque, des charretiers était révolu là parce qu’essentiellement t’avais les bucherons, t’avais les charretiers. Les charretiers faisaient spécifiquement leur job, c’étaient d’apporter le bois eux autres. Mais nous autre on était payé pour l’apporter, fait que lorsqu’on avait buché trois, quatre cordes dans une journée là, en pitoune là, c’était à peu près le maximum qu’on pouvait bucher.
Les gens qui voulaient manger, les bucherons y apportaient ça par barge?
C’était les barges que vous appelez là, nous on appelait ça des scales, on en a un en arrière là, ces bateaux là ça, ça servaient surtout au printemps sur la rivière là pour le temps de la drave. Vous savez, les cuisiniers y montaient une tente là-dessus, le cuisinier lui y était là-dessous avec ces deux helpers, pis y allait descendre, y bâclait son scale, pis les gars descendaient avec la drave, y descendait en buchant quand y arrivaient au scale, leur lunch étaient prêts, donc après là les gars soupaient. Là y a avait différentes fonctions pour ces bateaux là, aussi y avait une autre fonction, on les prenait l’automne pour monter le matériel sur la rivière dans les camps. On attelait les chevaux en avant de ça ces bateaux là et on montait les matériels sur la rivière avec les chevaux, on leur mettait des fers à pieds aux pattes pour leur protéger les pattes sur les roches de la rivière, parce que nous c’est des rivières de roches qu’on a, c’est pas sableux.
Les chevaux travaillaient forts, ça fait que c’est important qu’y soient bien nourris, pis qu’y soyent ben, pis qu’y soyent heureux. Quand les gars arrivaient le soir comme qu’en y a que eux me contait, y dit on arrivait le soir pis on prenait, pis on étrillait ça, pis on enlevait la patte, la neige après les pattes pis y s’en prenaient soin de leurs chevaux, parce que c’était un gagne pain.
C’était quoi ça, les glissades de bois?
Les glissades de bois, ce que vous voulez probablement appelé là, c’est ce qu’on appelle communément une sluce, c’était des glissades qui était, c’était bâti avec des arbres on va dire là, c’était une glissade le long des cordes descendait le long de la rivière, ça descendait ça, pis dans le bas de ça, t’avais un tablier qui relevait. Fais que quand les gars, c’était employé sur la pitoune 4 pieds, quand les gars arrivaient à la sluce, ils chargeaient leur ouvrage dans la sluce, ça l’envoyait dans le bas et ça se pilait sur la rivière, fais que durant l’hiver donc au printemps, quand la glace fondait, le bois était déjà sur la rivière, ça fait que t’avait pas besoin de réellement de payer les gars pour la draver, la glace fondait, pis le bois partait, des fois t’allait mettre un bâton de dynamite là-dedans pour déjammer ça mais, c’était parti.
Bucher l’hiver ça devait pas être facile, les conditions de vie?
Bucher l’hiver faut vous dire que, ben faut dire quand tu travailles, t’as pas frette parce que tu grouilles, l’ouvrage était assez dur. C’était pas facile, je me souviens avoir bucher l’hiver avec les pêches chez nous, mais moi là je me souviens que quand t’allais travailler c’était pas pire, mais quand on arrêtait le midi pour diner, c’est là que le fun commençait, là on se faisait un feu, on se faisait, on faisait notre lunch pis là la face te brule au feu, pis de temps en temps tu te tournes, tu te tournes pour te chauffer le dos, pis là la face te gèle pis tu te retournes après, après que t’as tu sais veux dire, nous autres souvent ce qu’on apportait ben j’ai pas apporté de menu, mais qu’est ce que je me souviens entre autre c’est qu’on avait toujours un beau pot de mélasse là, pis on le laissait dans la corde de bois, elle était épaisse après qu’on avait lunché, on ramassait une coupe de tranches épaisses, pis on faisait des toasts pis on prenait notre mélasse là, pis t’sais veux dire.
Pis aujourd’hui qu’est ce vous pensez de comment qu’on coupe le bois, c’est changé complètement, c’est toute mécanisé?
Ah monsieur y’a pu de, y’a pu aucune comparaison, pis après ça si tu regardes y’a, si on regarde le diamètre juste un exemple, le bois que nous autre on coupait, le bois de 8, 9, 10 pouces, on buchait pas ça nous autres, on laissait ça là, on ramassait ce qui était bon à ramasser, pis ça on laissait ça là, ça fait que dans 7,8, 10 ans plus tard, on revenait pis on avait encore une coupe de bois. Aujourd’hui on parle de coupe sélective, on peut dire qu’à cette époque là c’était la coupe sélective, mais aujourd’hui avec ce qu’y appelle coupe sélective, tu buches une strippe, tu laisses une strippe, tu buches une strippe, c’est bucher à main quand même, ça fait que c’est y a aucune comparaison.
Qu’est-ce que vous aimiez là-dedans d’être dans le bois?
D’être dans le bois. Malheureusement, c’est les moustiques moi qui m’ont sorti du bois, parce que si y aurait pas eu de moustiques, je serais encore là, aujourd’hui, je veux dire j’ai arrêté de bucher.
Ça a empoisonné votre vie?
Ça a empoisonné ma vie, ah monsieur, je pouvais pus les endurer, j’ai dis à mon père à un moment donné, j’ai dis ‘garde moi je peux pus, moi chu pus capable, moi je sacre le camp, toi si tu veux, mais mon père m’a dit : garde t’es un homme, tu prends tes décisions, j’avais 17 ans à l’époque, ça fait que chui parti.
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