C’est surtout après la crise économique de 1929 que les leaders acadiens tentent d’inciter les pêcheurs et les agriculteurs à s’organiser en associations. Les coopératives se font alors plus nombreuses, permettant aux Acadiens de mieux voir à leur intérêt économique.
Je suis Éloi Arsenault, pis j’suis le curé de la paroisse de Baie-Egmont, ici à Saint-Chrysostome, pis la région. Et puis ça fait 38 ans que je suis prêtre, pis j’ai été surtout dans cette région ici. J’ai fait des paroisses comme Palmer Road et pis Miscouche, mais les 20 dernières années j’suis dans la région Évangeline ici là. Et pis c’est un beau p’tit village, c’est une belle place où il y a beaucoup d’acadiens. On vit en français et pis c’est vraiment agréable de vivre ici.
Ici, les coops surtout chez les acadiens dans la région Évangeline, ça a connu vraiment un grand succès, parce que justement dans les années 50, 60 les acadiens avaient pas mal de difficultés sur le plan financier, sur le plan économique. Pis, on sait que toute coop, ça surgit quand il y a un besoin et pis c’est ça les acadiens, il y avait cet esprit de travail et ensemble et pis, ils se sont décidés de se donner des institutions, de se donner des forces, qu’ils avaient, qu’ils n’auraient pas eu autrement. Alors ils ont formés des coopératives sur le plan alimentaire, on en a nos, notre épicerie là à, une grosse coop à Wellington qui a toujours grossi depuis des années et grandi. Et pis on a eu la coopérative des fermiers, la coopérative des pêcheurs, pis on a même une coopérative funéraire.
Toutes ces coops là, c’est à partir de membership de, local de la région, pis les gens ça leur donne des institutions qui leur appartiennent et pis sont capables de gérer eux-mêmes et pis ça a donné une force économique pour toute notre région acadienne. La coopérative funéraire marche sur le même principe qu’une coop, ça appartient à la communauté, on vend des parts et la première coopérative qu’on a, qu’on a commencé à Palmer Road, on a vendu des parts juste à 10 piasses la part comme dans toutes les coops, et pis ceux qui deviennent membres ben ils ont le privilège de se servir de tous les services que la coop leur offre. C’est le même service que les autres salons funéraires, excepté que c’est les gens de la région qui font le service. On a, on forme un groupe de gens pour accueillir les gens au salon funéraire. Si c’est une personne d’un certain district qui meure, c’est les personnes de ce district là qui vont les accueillir, c’est pas des étrangers donc, c’est des voisins, c’est des gens qu’ils connaissent, ils se sentent chez eux au salon funéraire en étant accueilli par des voisins et pis ensuite ceux et celles qui font le service pour les livres et pis pour la finance et toute ça, c’est des gens qui sont employés à temps partiel et pis ça coûte seulement le tiers de ce qu’un gros salon funéraire coûterait normalement et pis on donne les mêmes services et pis on a coupé par le fait même, quand on a commencé, on a coupé les, le coût à peu près de 2 000 $ de moins que le coût qui existait à ce moment là. Alors la coop a, a fait un grand bien dans ce sens là, les gens ont réalisés qu’ils sauvaient énormément d’argent pis ça, ça donnait un, un ambiance aussi de, être plus intime. Les gens se sentaient chez eux et pis y’avait une approche beaucoup plus humaine qu’on n’a pas dans un salon funéraire à 15, 20 miles de chez vous.
À Palmer Road c’est dans la paroisse ici à Baie-Egmont c’est dans la paroisse, à Rustico c’est dans la paroisse, à Charlottetown aussi et pis c’est dans la région où on est. Les gens, faut leur offrir les différents services pis les différents niveaux, faut leur aussi les éduquer. Moi pendant 6 mois avant qu’on ouvre la coop funéraire, on a éduqué les gens pour leur faire voir que, au lieu de mettre 6 000 piasses en terre, sous terre que faudrait peut-être penser, si on pouvait le faire pour 4 000, ben si on avait de l’argent de reste ben ok, que ça aille pour la famille, que ça aille pour un autre service, y’a tant de besoin pis y’a tant de gens qui meurent de faim. Pis en même temps, on avait eu un, un prêtre qui venait de la région à Palmer Road et pis il était au Brésil. Pis quand il a vu qu’on commençait une coop funéraire, il nous a écrit une lettre de félicitations pis il nous disait entre autre, il dit : « Voilà, il dit, que vous autres, vous les canadiens pis les américains, vous mettez 5, 6 000 piasses sous terre dans un, une boite qui va se défaire comme tous les autres et pis ici moi je suis en train d’enterrer mes gens, c’est à peine si on peut les embourrer, les envelopper dans un drap, il dit, l’autre jour, il racontait une petite histoire, il dit, y’avait une mère de famille au pied de la fosse de son garçon qu’on venait d’enterrer, pis on l’avait d’envelopper dans un drap, elle a demandé si on pouvait retirer le drap parce que elle n’en avait plus à la maison. Pis il dit, vous autres, vous êtes en train de mettre des 6, 7 000 piasses » pis il dit, là il nous racontait sur un article qu’il avait écrit du Brésil parce qu’il recevait les nouvelles d’ici. Pis il était au courant de ce qu’il se passait, il nous félicitait d’avoir pensé à cette approche de la coopérative où on pouvait en même temps éduquer les gens à, avoir une funérailles plus modeste peut-être mais plus réelle et plus humaine t’sais.
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