Identité

Depuis ses débuts au 17e siècle, l’identité acadienne a beaucoup évolué. Aujourd’hui, son dénominateur commun est la langue française, même si certains anglophones se disent Acadiens puisqu’ils portent un nom de famille acadien.

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Alors je suis Christophe Traisnel d’origine française, je vis à Moncton et je suis professeur au département de science politique de l’Université de Moncton.

Mr Traisnel, parlons de l’identité acadienne, ça va revenir fréquemment dans cette entrevue, l’identité qui dans le passé, quand même pas tellement lointain est associé beaucoup à la religion catholique, la langue qui est un facteur très fort aussi dans cette identité, comment est-ce que ça a évolué jusqu’à maintenant?
Je dirais que à une époque, très certainement que la religion catholique, un peu comme au Québec d’ailleurs, a joué un rôle assez crucial dans le maintien du fait français, tant en Acadie que, qu’au Québec. Finalement, dans, dans des zones où l’état était très peu présent, c’est la paroisse finalement qui jouait le rôle de canalisateur et pis d’organisateur de la vie communautaire locale. Et donc le prêtre, le curé avait tout un certain nombre de pouvoir et en général. Donc la possibilité aussi de d’orienter la communauté vers telle ou telle direction. Et au niveau de la langue, je pense que, on s’en aperçoit quand on, quand on regarde la, y’a beaucoup d’intervenants dans le, au sein du mouvement acadien, des origines ou au Québec aussi qui sont d’origine ecclésiastique. Donc beaucoup de, d’individus, des militants, les premiers militants de la langue souvent sont des ecclésiastiques. Alors ça a beaucoup évolué avec peut-être une entre guillemet déchristianisation de ces sociétés, du moins, une prise de distance de plus en plus importante, surtout dans les années 60 avec la religion catholique. C’est plus l’église qui joue le premier rôle de défenseur de la francophonie tant en Acadie que, qu’au Québec.

Parlons de la langue, on sait que la langue c’est souvent au cœur des débats ici en Acadie, c’est pas un secret pour personne qu’il y a plusieurs acadiens qui ont des noms acadiens, des LeBlanc, des Richards, qui ne parlent plus la langue acadienne. En terme de, est-ce que ces gens-là peuvent d’abord être considéré toujours comme des acadiens et parmi les autres acadiens, est-ce que ce sont, ils seraient marginaliser ces gens-là, quelle est votre impression vis-à-vis de ça?
Ben tout dépend de la manière dont on définit l’identité acadienne et la place qu’on donne dans cette définition à la langue française, y’a tout un ensemble de, d’éléments historiques quand on, quand on pose la question finalement aux acadiens, est-ce que vous vous sentez acadiens et c’est quoi pour vous l’identité acadienne, on nous, on fait référence bien souvent à des éléments historiques. Donc je dirais que les premiers, les premiers éléments qui sont évoqués quand à la définition de l’acadiennité c’est l’histoire. Les autres éléments c’est la famille, c’est l’ancêtre mon grand-père, mon arrière grand-père, mon arrière, arrière grand père était acadien et donc je me considère comme acadien. Pis un troisième aspect, peut-être plus sociologique, c’est ce qui se passe actuellement dans la société acadienne. Qui se, qui peut finalement se sentir acadien, qui participe de la communauté francophone d’ici et ça peut finalement toucher, moi je pourrais tout à fait me considérer dans ce, par rapport à ce facteur là comme un acadien. Et pis enfin, y’a aussi une dimension politique qui est très importante, je pense dans la manière dont on peut se définir acadien. Se définir acadien, c’est se définir comme un minoritaire et donc y’a une dimension politique. C’est un acte d’engagement, c’est une affirmation identitaire et qui dit affirmation, dit y’a quelque chose de politique là-dedans.

Quelques mots sur la famille acadienne. Y’a des rassemblements de famille aux différents congrès mondial acadiens, on a l’impression que ça a pris, ça prend de la place de plus en plus en Acadie, ça l’était le cas autrefois, quelle est la contribution justement de cette notion de famille dans l’identité acadienne?
Là aussi c’est un, c’est un des éléments qui revient assez souvent quand on, quand on parle aux acadiens de leur acadiennité c’est la famille, c’est les Landry, Belliveau etc. y’a tout un ensemble de famille qui marque cette identité acadienne. Mais j’pense que la majorité des acadiens s’identifie ou du moins vont définir l’Acadie à travers ces, à travers ces familles-là. Et donc en ce sens, le congrès mondial acadien joue le rôle de marqueur de cette identité acadienne familiale. Mais y’a d’autres éléments qui de plus en plus interviennent dans la définition de l’identité acadienne et donc on sort un peu de ces familles historiques. J’pense que de nos jours, on peut tout à fait se considérer comme en tout cas d’Acadie tout en étant, en s’appelant pas Landry, Belliveau ou LeBlanc.

En tout cas, y’a plusieurs qui s’affichent par le biais du fameux drapeau acadien qu’on voit un peu partout sur les véhicules, dans les municipalités, c’est le drapeau de, de la place municipale, c’est un symbole important?
Je pense que oui et là je ferais peut-être référence à la diaspora acadienne qui est aussi, qui est aussi très importante, moi j’ai des amis d’origine française qui se considèrent comme acadiens parce qu’ils ont, bon après la, le grand dérangement, ils se sont, leurs ancêtres en tout cas se sont retrouvés à nouveau en France et bon ils ont fait souche en France et bon, j’ai certains de mes amis qui sont descendants de ces acadiens revenus en France. Donc y’a toute cette diaspora là et ce qu’on constate souvent, c’est qu’il y a une identification à tous les symboles de l’Acadie. J’suis allé aussi au Yukon dans le cadre de mes recherches et on a constaté que y’a beaucoup de francophones d’origine acadienne qui ont ce drapeau à leur, sur la voiture ou, en tout cas, il est présent chez eux, donc ils se, ils se considèrent encore comme acadiens et ils utilisent encore ce drapeau qui est très fédérateur en fait.
Parlons de l’identité maintenant, l’identité acadienne c’est un concept qui est malheureusement difficile à cerner.
Oui parce que là aussi, y’a tous ces, les éléments dont je parlais hein l’élément historique, l’élément familial, un peu ethnique, l’élément aussi sociologique, l’élément politique. Donc comment se retrouver dans tout ça, y’a plusieurs finalement écoles quant à, aux, à la définition de l’identité acadienne. Y’a peut-être des traditionnalistes qui considèrent qui faut peut-être revenir à l’essentiel c'est-à-dire une conception très filiale de l’identité.

Associé au territoire aussi?
Associé pas nécessairement au territoire justement, plutôt associé à l’histoire et aux, à la filiation, c'est-à-dire que y’a, quelque chose, il faut être descendant d’acadien pour être acadien. Y’a un peu cette ce courant là qui est encore présent. Pis y’a un autre courant qui finalement très, très ouvert à la diversité et qui considère finalement que toute personne qui se considère comme acadienne peut être acadien, j’pense que, ça c’est un peu les deux, un peu les deux extrêmes et la population acadienne elle se situe et les militants du mouvement acadien que j’ai rencontré se situent en général à l’intermédiaire. Y’a à la fois cette idée que l’identité acadienne est très ouverte à la diversité et que donc on peut, tout ceux qui se considèrent comme acadiens peuvent être acadiens et pis c’est y’a quand même cet aspect traditionnel qui doit demeurer, ce rapport à l’histoire et j’dirais que l’Acadie contemporaine c’est le mariage de ces deux choses-là. C’est pas l’opposition c’est le mariage de l’histoire, de la tradition avec une ouverture à la diversité parce que la francophonie du Nouveau-Brunswick est de plus en plus marquée et on le constate plus particulièrement à Moncton par la diversité.

J’aimerai revenir sur ce que vous avez dit : se considérer comme acadien et justement qu’est-ce qui peut séduire telle ou telle personne à se considérer comme acadien, qu’est-ce qu’il y a tellement d’enrichissant en terme de valeur, en terme de culture, en terme de musique, je sais pas pour se dire, j’aimerai ça qu’on me considère comme un acadien?
J’pense qu’il faut du temps et donc peut-être que là ça revient avec votre question sur le territoire, il faut vivre ici, j’pense pour et vivre un certain temps mais tout est subjectif. Y’en a pour qui il faudra quelques mois, y’en a pour qui il faudra quelques années. Mais il faut vivre dans le lieu, il faut côtoyer la communauté francophone et acadienne du Nouveau-Brunswick et puis on se sent parce que la, l’opération ou la greffe se fasse, se passe bien, on finit par se sentir d’ici. J’pense que y’a beaucoup de ça.

C’est une façon d’être finalement et si on a des atomes crochus, on embarque.
Voilà, voilà c’est ça. À partir du moment où on sait ce que c’est la poutine râpée ou on apprécie particulièrement le homard, etc. Non mais y’a tout un ensemble de référents comme ça qui reviennent et qu’on est beaucoup plus enclin à défendre quand on s’expatrie à nouveau. En tout cas, là je fais peut-être référence à mon expérience, c’est sûr que j’me sens peut-être plus d’ici quand j’suis en France que quand j’suis ici. Ici j’me sens encore quand même français, mais quand j’suis en France, j’me sens beaucoup plus acadien.
 

 

Ressources additionnelles:

Bureau du journal L'Impartial à Tignish, Î.-P.-É.
Chaire
Comité organisateur de la Rencontre Richard 2009.
Compte rendu et résolutions de la deuxième Conve...
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