La Déportation de 1755 constitue l’un des éléments clés de l’identité acadienne. Plusieurs artistes en ont tiré de grandes œuvres, notamment le poème Evangeline : A Tale of Acadie, de Henry Wadsworth Longfellow, publié en 1847. Les artistes contemporains s’inspirent encore fréquemment de ce thème pour concevoir certaines de leurs œuvres.
Bonjour, mon nom c’est Lucie Bellemare, Lucie Bernadette Bellemare, j’habite ici à Abram Village sur le bord de la rivière Sainte, la petite rivière Saint-François, dans le milieu de la forêt et puis c’est un petit paradis sur l’Île-du-Prince-Édouard. Je viens du Saguenay-Lac-Saint-Jean de la ville d’Alma. C’est là où je suis née, pis après ça j’ai voyagé un petit peu partout à travers le Canada. Moi, ben le musée acadien m’a demandé de faire le visuel pour une exposition pour le 250ème anniversaire de la déportation des acadiens de l’Île Saint-Jean. En trois mois et demi, j’ai construit une exposition de 9 œuvres de 3 pieds par 8 pieds, ainsi que de 9 sculptures grandeurs réelles d’Acadiens qui ont déjà vécu dans le temps de la déportation. C’était un défi à cause du temps, pis c’était un défi aussi à cause du sujet, c’est des choses qui existaient, on n’a pas de support visuel, on a des, du support, des supports visuels qu’à partir des années 1700, alors 1700-1800 ça fait qu’il faut essayer de comprendre comment c’était dans ce temps là. Pis j’ai fait beaucoup de recherche internet, j’ai travaillé avec Georges Arsenault, qui lui connaît les choses historiques, alors normalement je fais de la peinture inspiré par les émotions, j’en ai fait aussi dans cette exposition là, par exemple, y’a des toiles où est-ce qu’on voit seulement que la mer. Alors ça prend l’émotion qui est tirée de la grande vague qui va engourdir, engloutir tout là. J’suis allée, ma façon de peindre normal, ça veut dire avec le matériel qui a de l’émotion, mais y’a des peintres, y’a des peintures qui étaient plus historiques, alors pour moi c’était une nouvelle découverte à faire dans ma carrière, c’était de m’inspirer, des faits historiques, aller chercher des objets pis les intégrer dans ça. Alors du côté des peintures c’est comme ça, du côté des sculptures, à cause du temps, bon y nous restait un mois et demi pour construire 9 sculptures, alors j’ai été cherché l’aide d’autres artistes dont Carl Felix.
Carl Felix qui est un, un potier normalement, mais qui est aussi un soudeur, pis lui il m’a aidé à construire les structures internes des personnages, les personnages sont de toute sorte de façon, alors y’en a qui ont les mains en l’air, y’en a d’autres qui sont en train de tirer une t’ite roche. Alors on les a mis dans des positions qui sont pas statiques. Pis on, on voulait qu’ils aient l’air, mouais qui aient l’air vraiment vivants, on voulait pis après ça, un coup que la structure intérieure qui est en métal a été construite, là moi je me suis mis à les habiller de chair. Je suis allé chercher des visages de vrais acadiens qui existent, les premiers, les premiers visages que j’ai construit, je les ai construit moi-même et construire un visage pour lui donner une émotion tout ça ben ça prend du temps, pis faut modeler, pis faut regarder ben làlà. Mais là j’me suis aperçu que le facteur temps m’amenait à prendre une autre direction, alors j’suis allée chercher des acadiens comme Maria Bernard, qui est une femme qui est très, très, très reconnue et connue dans la région, je l’ai amené ici, la dame, elle s’est couché, je lui ai mis des languettes de plâtre un p’tit peu partout dans le visage, pis j’ai fait un négatif de son visage. Pis là, là les acadiens étaient vraiment contents, y’a même un monsieur de 81 ans qui est venu, j’ai pris des petites mains de petits enfants qui avaient 9 ans, 8 ans, des petits pieds, je suis allée cherchée des, alors des traits de vrais acadiens qui existent vraiment, pis je les ai mis sur les visages que j’avais faites. Alors le travail, il s’est faite, c’est les acadiens vont dire, j’ai embourré mes structures de métal pis les endroits qui se montrent sont tout en plâtre. Du plâtre peint avec l’acrylique.
Quand je créais mes personnages, pis ma petite Oudy, Marie Anne Oudy par exemple, je l’ai crée, elle était ici, sur cette table là, je connaissais son histoire, une petite fille de 8 ans, moi j’en ai une de petite fille de 11 ans. Elle était sur ma table, j’essayais de lui créer un visage, 3 fois, 4 fois, pas capable de lui créer un visage, je change la couleur du visage, c’était l’émotion, l’émotion à savoir que cette enfant là, qui naïve dans toute sa jeunesse, elle va mourir là dans deux mois. Ben moi je créais un personnage mais je créais aussi un personnage d’émotion, c’est venu me chercher comme, alors y’a des choses qui sont venues me chercher vraiment au niveau des émotions, pis je pense que ça, ça doit transparaître à quelque part dans la peinture que j’ai appliqué ici. Ce petit gars là Charles Olivier, il fait une lippe, par chez nous on dit une lippe, comme ça, il est là. Pis on lui voit ses grand yeux verts, pis tsé, sa mère est là, mais c’est tout ce qui lui reste, y reste sa mère, sa sœur, sur une famille de 10 enfants qui sont toutes morts dans, dans les bateaux. Pis oui, pour un artiste, c’est venu me chercher au niveau des émotions par rapport aux histoires qui avaient là. Grosse responsabilité, pis un privilège d’être capable de faire du visuel pour un événement qui est si important pour les acadiens.
Pis lorsque les acadiens ont vu ces personnages là, comme Joe Leagen Haf, le gars de 21 ans fier, pis qui est là, pis il tient sa hache pis, pis on sait quelle vie il va avoir, ça va être un de nos précurseurs, qui va amener l’industrie, l’économie qui prend une place d’acadien à travers les anglophones au retour de l’île, c’est, t’sais là, tu te dit ouaih ben moi c’est important, parce que les Joe Leagen Haf, les descendants de c’te gars là, ils vont se reconnaître à travers leur ancêtre t’sais. C’était, c’est vraiment fantastique le, pis le plaisir que les acadiens ont eu d’accueillir les œuvres, ça c’était, c’est quelque chose que j’oublierai jamais. Parce qu’en tant qu’artiste, on essaye de oui, on se plait à travers notre art, mais des fois on c’est plaisant pour nous autre lorsque les gens l’accueillent.
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