L’Acadie possède un vaste répertoire de chansons traditionnelles. Certaines, comme V’la l’bon vent, proviennent des premiers colons français venus s’installer sur le territoire au 17e siècle. D’autres, cependant, ont été composées en Acadie. Elles constituent un répertoire original qui témoigne de la société acadienne traditionnelle.
Tilidam, tilidi, tilidi, tiliditilidam
Alors, moi j’suis Donat Lacroix pis là, présentement, on est dans ma maison à Caraquet. Moi je fais d’la chanson pis aussi je raconte, mais je suis pas un vrai conteur de contes comme dans le temps de ma mère pis d’ma grand-mère, s’était des contes qui commençaient disons le soir, ça durait des queques heures, pis le conteur arrêtait pis y venait le lendemain de soir pis ça pouvait durer deux ou trois soirs de suite. Pis ces conteurs-là étaient des habitués, pis ça inventait à mesure que ça allait. Bon, les enfants y’ avaient pas de télévision en ce temps là, y’avaient pas même pas de radio, alors les conteurs de contes c’est ça qui égayaient hein, la vie des enfants. Pis les enfants, ma mère m’a conté ça souvent quand elle était petite fille, elle aimait ça les conteurs de contes, ben y étaient pris par le conteur qui gesticulait comme un acteur.
Des p’tits, des moyens et pis des, non pas des gros, madame, des beaux
Mais moi, quand je fais une chanson ou quand je fais un spectacle, je raconte toujours l’histoire de ma chanson, les gens aiment ça savoir comment ça fait que, comment cette chanson là est venue, où est-ce que t’as pris l’idée, tout ça l’histoire de la chanson. Par exemple, la chanson Joe Frédéric, Joe Frédéric c’est le nom aussi de, de mon bateau qui s’appelle maintenant le boite à chanson puis ça aussi mon grand-père
C’est Joe Frédéric qui me racontait un jour
Tu sais la mer ça peut jouer plus d’un tour
Si elle te berce même te caresse
Ne te dis pas qu’elle le fera toujours
Y’a des pêcheurs…
Et là, j’ai grandi avec mon grand-père, c’était un homme costaud, fort, pis ça avait pas été à l’école, ça savait pas même lire, pas écrire, vous en savez beaucoup mieux que lui là, vous êtes capable d’écrire, vous êtes capable de lire, lui y savait pas lire ni écrire, y signait son nom avec un X, mais ça l’empêchait pas d’être intelligent. C’était un loup de mer habitué à se battre contre les, les tempêtes. Pis une journée, y m’a raconté une tempête, pis moi j’étais comme vous autres, j’étais jeune, pis quand on est jeune, vous savez, on aime ça des histoires, surtout les tragiques ok. Alors il pêchait, y s’en allait pour la semaine dans des bateaux d’environ, pardon, 50 pieds c’est des goélettes à voiles, y’avait pas de moteurs à l’époque, c’était pas comme aujourd’hui, c’était pas moderne. Y s’en allait pour la semaine, comme y avaient pas de radio pour écouter la météo, ils étaient obligés d’observer le temps : les nuages, le vent, tout ça. Pis, pour pouvoir pratiquer leur métier de pêcheur, le plus sécuritairement possible, alors ils devenaient assez habiles pour prédire la température. Mon grand-père pouvait dire ce qui allait faire deux jours à l’avance, tellement il était habitué à observer le temps. Mais cette fois là, y se sont fait prendre, mais c’était pas ordinaire. C’était un 5 de juin j’ai dit, et là tiens, des vents, des gros vents hein, les marées, les hautes marées, les grandes marées pis c’était pas ordinaire, un 5 de juin avec 6 pouces de neiges pis de grêle sur le sol. Ça fait que les pêcheurs sont fait prendre, pis y en a qui ont essayé de s’en venir naviguer par la côte, se mettre à l’abri, y ont pas réussi, y a eu 27, 27 pêcheurs qui se sont noyés dans c’te tempête là. Pis mon grand-père, lui là y était dans la tempête, mais quand il a vu la tempête venir, lui y a pas essayé d’approcher la côte, il s’est laissé aller à la dérive, pis quand la tempête a été terminé, il a fait la route pour s’en revenir ok. Et là, ben, ça faisait toujours trois jours que la tempête était finie, alors pis mon grand-père arrivait pas, fait que ma grand-mère s’inquiétait aussi, elle le pensait noyer avec les autres, parce qu’on ramassait toute sorte de, on trouvait tout de sorte de débris le long des côtes, des morceaux de bateaux, toute ça. Pis des noyés aussi, on ramassait le long des côtes, fait qu’elle le pensait noyé avec les autres, pis elle s’inquiétait, mais tiens, 3 jours après la goélette a resoudu au bout de l’île, resoudu, vous comprenez ça, resoudre hein qu’y apparaît au bout de l’île c’était un dimanche matin, c’est ça que je raconte dans la, dans les, dans la chanson de Joe Frédéric, je le dis en poésie, mais avant de la chanter, je situe les gens ok. Qu’est ce qui m’a amené à écrire la chanson alors, c’est une histoire racontée à moi par mon grand-père, pis une histoire vraie là, c’est pas des inventions ça, c’est vécu.
C’est Joe Frédéric qui me racontait un jour
Tu sais la mer, ça peut jouer plus d’un tour
Si elle te berce, même te caresse
Ne te dis pas qu’elle le fera toujours
Y’ a des pêcheurs que j’avais bien connus
Une fois, du large, ne sont jamais revenu
La mer a eu leur dernière prière
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