La vieille Dollard

Le riche folklore acadien partage avec ceux d’autres sociétés des personnages et des phénomènes inexpliqués, souvent associés à la sorcellerie. Ainsi, revenants, loups-garous et lutins, par exemple, peuplent ses contes et légendes.

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Moi j’suis Eilen Chiasson Pendergast, et puis j’ai grandi à dans le bout ouest de l’Île dans le chemin Harper près de, entre Palmer Road et Tignish, disons avec bien sûr une famille acadienne. Et à ce moment-ci, on a, mon mari, la famille de mon mari avait une ferme qui était près de la côte, la mer et pis au cours des années tout le monde de la famille a pu s’acheter des, une partie de la, du terrain pour des lots pour des chalets, ça fait qu’aujourd’hui, on est ici sur de la côte nord, ici juste pas loin du chalet ici, pis c’est là que je passe une bonne partie de mon été. Mais durant l’année, je suis encore toujours restée à, dans le bout du west, mais maintenant, on a, j’habite Saint-Louis, un p’tit village pas loin de la maison où je suis née. Et puis en grandissant, y’avait pas grand-chose alentour de chez nous, comme on peut peut-être imaginer une soixantaine d’années passées. Ça fait, il fallait s’amuser le mieux qu’on pouvait, pis se divertir d’une façon d’autre.

Et chez, on était un peu choyé chez nous parce que notre voisin, il venait se promener à tous les soirs et puis son métier d’hiver et d’automne, dans les longues soirées longues, c’était raconteur. Pis y nous a raconté beaucoup, beaucoup, beaucoup d’histoire à propos d’une vieille qui était ensorcelée, elle s’appelait la vieille Dollard, et puis à chaque soir nous autre, on voulait des histoires de la vieille Dollard, parce que ça nous faisait peur, pis tu sais des enfants, on a quand même dit que ça nous faisait peur, on en voulait plus. Ça fait, il nous racontait comment que la vieille Dollard passait son temps. Pis elle, elle avait des pouvoirs magiques, des pouvoirs j’sais pas, un peu endiablés, pis elle pouvait jeter des sorts. Et lorsqu’elle allait se promener dans les chemins autour, où elle voyait du monde qui était là, pis elle voyait quelque chose qu’elle aimait, ça aurait pu être la poule ou bien ça aurait pu être le chat ou ça aurait pu être du beurre qu’une femme était en train de barater une journée. Pis elle voulait, ce qu’elle voulait. Pis si on lui donnait pas ce qu’elle voulait, elle disait : « vous en aurez regret ». Pis comme de fait, très peu après quelque chose de malheureux arrivait à c’te famille là. Et puis le monde en avait peur, ça fait, lorsqu’ils la voyaient venir, ils donnaient, ils donnaient tout, n’importe quoi ce qu’elle voulait, ils lui donnaient tout de suite, parce que ils voulaient pas avoir un sort jeté sur eux. Mais lorsque le sort était jeté dans des corps où le monde disait : « non, non il est pas question, je te donne pas ça » quelqu’un a découvert que pour casser le sort et retourner les choses à la normale, il fallait prendre un morceau de linge de la personne sur laquelle le sort avait été jeté et mettre le morceau de linge dans le four et le faire chauffer. Puis ça, ça parait que ça faisait brûler la vieille Dollard là où elle était, n’importe où dans le pays, dans le coin du pays, pis quand qu’elle commençait à brûler, elle courrait vite là où la chaleur était en train de la brûler, pis elle reprenait sont sort, pis c’est comme ça que le monde s’est débarrassé de la vieille sorcière, la vieille Dollard. Fais qu’on a entendu beaucoup d’histoires au cours de notre, des années pis même le vieux qui nous racontait les histoires, il a dit que lui-même avait, c’était lui qui conduisait les chevaux qu’avaient emporté le cercueil de la vieille Dollard au cimetière là, lorsqu’elle a été enterrée. Ça fait nous autres, ben on croyait toute ça, j’sais pas si c’était vrai ou pas vrai, mais on croyait, ça faisait passer nos soirées et puis l’été passé j’ai écrit un théâtre, on a eu un diner théâtre toute l’été à propos du raconteur, pis c’était l’histoire de la vieille Dollard que j’ai déroulé en musique et en chanson et en histoire qu’on a fait sur scène. Ça fait, c’est pas mal intéressant, c’est une bonne partie de ma vie de bonne mémoire en grandissant. On était sécure à la maison les soirs, pis on entendait parler de ce qui s’avait passé juste avant ma génération.
 

 

Ressources additionnelles:

Yvette Pitre, conteuse
Les conteurs, Memramcook, N.-B.
La Marlèche
Les conteurs, Drummond, N.-B.
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